Agnès Alazard, cofondatrice de Maria Schools, dont l’ambition est de promouvoir et de favoriser l’éducation tout au long de sa vie, a écrit avec son associée Annabelle Bignon l’ouvrage Apprendre à apprendre, le super pouvoir à l’ère de l’IA, publié en octobre 2025 aux éditions Vuibert. Elle plaide pour de nouveaux modèles d’apprentissage dans un monde en transformation constante.

Décideurs RH. Vous plaidez dans votre ouvrage pour une réinvention radicale de notre relation à l’apprentissage. Pourquoi ?

Agnès Alazard. L’apprentissage est devenu vital dans un monde BANI (Fragile – brittle en anglais, Anxieux, Non linéaire et Incompréhensible), où les crises et les transformations majeures s’enchaînent. Imprévisibilité des évènements, irruption des intelligences artificielles génératives et agentiques: pour s’y adapter, nous ne pouvons plus penser en silo et devons adopter un état d’esprit d’apprenant, qui met la curiosité, l’audace et l’expérimentation au centre de tout.  

L’apprentissage n’est pas une phase, c’est une façon d’être au monde, qui permet d’inventer et de créer de nouveaux paradigmes alors que les repères hérités de l’ère industrielle – prédictibilité et fonctionnement en silo, croissance exponentielle – ne fonctionnent plus.   

“N’oublions pas que notre intelligence est relationnelle”

L’apprentissage est-il indispensable pour rester maître de soi face à l’IA ?

Si l’IA fascine par la prouesse technologique qu’elle représente, elle suscite aussi beaucoup de craintes, que seul l’apprentissage peut lever. Si nous n’apprenons pas à maîtriser l’IA et à la laisser à sa juste place, elle peut effectivement nous dépasser. Il est donc indispensable de réapprendre à faire ce que les IA ne savent pas faire : douter, ressentir, expérimenter, donner du sens, coopérer avec ses pairs. N’oublions pas que notre intelligence est relationnelle. Le vivant, la nature, qui fonctionnent en écosystèmes, doivent être nos boussoles. La résilience et la capacité à réinventer des modèles, quand les repères vacillent, viennent de la qualité des liens que nous tissons. Il faut passer de l’ego – “moi qui apprends” à l’éco – “nous qui apprenons” et remettre la relation à l’autre au cœur de nos pratiques d’apprentissage.

“La résilience et la capacité à réinventer des modèles, quand les repères vacillent, viennent de la qualité des liens que nous tissons”

Vous expliquez dans votre livre que l’entreprise est une fabrique pédagogique, un organisme vivant d’apprentissage…

Aujourd’hui, l’entreprise est l’un des derniers lieux de socialisation réellement partagée. Elle a un rôle fondamental, celui d’apprendre et de transmettre, et doit placer la culture de l’apprentissage au cœur de ses pratiques, sous peine de disparaître. Nous avons donné la parole, dans notre ouvrage, à des personnalités du monde du learning qui partagent cette conviction : Carine Legras (Microsoft), Nicolas Pauthier (L’Oréal), François Taddei, Laetitia Vitaud, Béatrice Rousset.

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Nous présentons aussi des cas concrets qui permettent de mettre les collaborateurs dans un état d’esprit propice à l’apprentissage : le CV des échecs, qui instaure un environnement de vulnérabilité positive ; la cartographie de son jardin mental, ou comment faire pousser ses idées pour cultiver sa créativité ; comment créer un cercle de pairs apprenants ; comment adopter une posture de débutant ; mettre en place un promptathon pour créer des innovations basées sur l’IA… Ce livre est un plaidoyer pour une pédagogie créative et humaine et un guide pour se former autrement.

Propos recueillis par Caroline de Senneville