Dans un monde où l’information s’accélère et où l’intelligence artificielle reconfigure la prise de décision, la pensée critique devient un levier stratégique. Encore faut-il savoir la mobiliser avec justesse pour décider, arbitrer et agir dans des environnements toujours plus complexes.

La généralisation de l’IA générative à l’ensemble des usages privés et professionnels pourrait laisser penser qu’apprendre devient désormais un luxe, réservé à celles et ceux qui, par pure curiosité, souhaiteraient encore acquérir des compétences devenues inutiles. Apprendre à écrire, coder, gérer un process : à quoi bon, si l’intelligence artificielle génère si aisément des contenus qui semblent répondre aux besoins de l’entreprise ?

Getlink, gestionnaire du tunnel sous la Manche, transporte chaque année plus de 2 millions de véhicules et 8 millions de passagers. Le groupe a mené plusieurs vastes chantiers autour de l’intelligence artificielle, pour améliorer la maintenance de ses infrastructures. Virginie Strobbe, Digital Factory Manager, détaille cette approche.

Chez OPmobility, la formation à l’intelligence artificielle n’a pas été abordée comme un simple sujet d’acculturation technologique. Pour Ludovic Russier, Group VP Learning and Development, l’enjeu est d’abord opérationnel. Il s’agit de donner rapidement aux collaborateurs les moyens d’utiliser les bons outils et d’éviter les mauvais usages en accompagnant la transformation des métiers. 

Chez Schneider Electric, l’IA se diffuse à grande échelle. Pourtant, sans esprit critique, l’unicité et l’esprit d’innovation risquent de perdre de leur valeur. Jean-Côme Renaudin détaille une stratégie L&D mêlant upskilling massif, vigilance cognitive et transformation managériale, pour faire de l’IA un levier durable de performance.

Le numérique et l’IA transforment en profondeur les services publics de l’emploi. L’Académie France Travail accompagne cette mutation en plaçant la relation humaine au cœur de son approche. Caroline Comte, sa directrice, détaille une stratégie de learning pensée pour l’impact terrain et la coordination des acteurs.

L’intelligence artificielle s’est imposée dans l’univers de la formation par le biais de la pédagogie, de la personnalisation des contenus ou encore de la gestion des compétences. Training Orchestra, éditeur de logiciel spécialisé dans la gestion de la formation, a choisi une autre voie. Pour Antoine Lorne, directeur commercial, l’enjeu ne réside pas dans une promesse technologique abstraite, mais dans la capacité à transformer des tâches très concrètes du quotidien des équipes formation.

Pour atteindre leurs objectifs, les transformations d’entreprises doivent intégrer des évolutions profondes des modes de management et de la culture d’entreprise. Caroline Cidère, directrice exécutive associée d’Amplitude, revient sur ces aspects devenus fondamentaux pour la pérennité des organisations.

Alors que l’État érige la souveraineté numérique en priorité stratégique, la formation professionnelle reste un angle mort. Avec 33 milliards d’euros dépensés chaque année, ce secteur dépend encore largement de solutions non européennes. Clément Meslin, CEO d’Edflex, appelle à en faire un levier d’achat souverain.

Alors que l’IA s’empare des savoir-faire, les savoir-être sont le socle de la robustesse : décider, s’aligner et apprendre ensemble. Ils soutiennent l’employabilité et le climat social. L’IA Cocobot démocratise le coaching pour ancrer les softs skills dans la pratique.

L’IA transforme les métiers, les organisations et les chaînes de valeur. Mais les investissements technologiques ne suffisent pas : la création de valeur dépend de l’appropriation des cas d’usage, des répercussions sur les compétences et d’une conduite du changement en apprentissage continu. Pour les dirigeants, la transformation des compétences devient aujourd’hui le chantier stratégique majeur de l’IA.

Agnès Alazard, cofondatrice de Maria Schools, dont l’ambition est de promouvoir et de favoriser l’éducation tout au long de sa vie, a écrit avec son associée Annabelle Bignon l’ouvrage Apprendre à apprendre, le super pouvoir à l’ère de l’IA, publié en octobre 2025 aux éditions Vuibert. Elle plaide pour de nouveaux modèles d’apprentissage dans un monde en transformation constante.

Avec l’accélération des transformations dans le monde du travail, l’entreprise apprenante reste un modèle clé. Un obstacle majeur entrave sa croissance : le manque de temps. Les managers perçoivent souvent l’accompagnement des collaborateurs comme une tâche additionnelle, alourdissant une charge de travail déjà considérable. Les collaborateurs ne considèrent pas la formation comme prioritaire. Ils reportent, survolent ou abandonnent les parcours d’apprentissage, faute de disponibilité mentale et opérationnelle. Retours d’expériences et partage de savoir-faire entre pairs sont de belles intentions qui voient trop peu le jour.

Dans un contexte de transition économique et environnementale, les fonctions financières et comptables sont appelées à intégrer un nouveau paradigme : People Planet Profit. Ce modèle d’équilibre profitable, durable et désirable devient un levier stratégique incontournable de la performance financière des entreprises. Il impose dès maintenant au niveau des écoles à tous les futurs professionnels de la finance d’acquérir de nouvelles compétences et d’être formés aux enjeux People Planet Profit.

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