Si le dialogue social est au cœur du fonctionnement des entreprises, les différentes parties prenantes ne perçoivent pas son efficacité de la même façon, selon un sondage Ifop publié le 23 janvier 2025 pour Syntex. Derrière ce constat se dessinent quelques pistes d’amélioration possibles.
Dialogue social : où en est-on ?
Le dialogue social est un pilier essentiel de la vie en entreprise, mais son efficacité divise. Alors que les dirigeants se montrent globalement optimistes et en dressent un bilan positif, les représentants du personnel dénoncent un manque d’écoute et une mauvaise prise en compte de leurs revendications.
Un dialogue social contrasté selon les acteurs
En majorité, les dirigeants évaluent positivement le dialogue social dans leur entreprise. Un avis moins partagé par les salariés, décrits comme plus réservés. Les représentants du personnel sont, eux, très critiques à l’égard du dialogue social. Plus de la moitié d’entre eux lui attribuent une note entre un et cinq. Du côté des représentants, la présence syndicale enregistre cette année une hausse significative de 17 points, alors qu’elle était en net recul en 2023. Pour la majorité d’entre eux, la qualité du dialogue social est entretenue par la proximité des élus avec les salariés et le terrain, mais aussi par la qualité de la transmission de l’information et le lien de confiance entre les participants. Les représentants du personnel constatent, quant à eux, une détérioration du dialogue social.
Les formations spécifiques nécessaires exigent des ressources alors que celles allouées au CSE restent insuffisantes…
Les dirigeants d’entreprise nourrissent-ils l’illusion d’un dialogue social sain ? Les représentants du personnel sont 57 % à trouver que leurs avis et revendications sont très mal pris en compte par la direction. Un constat qui les pousse à percevoir la direction comme opportuniste (55 %), tendue (52 %) et fermée (48 %). En fonction des différents acteurs de l’entreprise, le dialogue social est donc perçu comme sous tension.
Le CSE : une institution bien identifiée mais encore perfectible
Le CSE est bien implanté dans les entreprises et reconnu par les salariés comme un acteur essentiel du dialogue social. Néanmoins, son efficacité se trouve limitée par l’affaiblissement du poids des représentants du personnel face aux directions, ainsi que par les ordres du jour des réunions, jugés trop denses et empêchant d’examiner les sujets de manière approfondie.
Autre point d’achoppement : la complexité croissante des enjeux économiques, sociaux et environnementaux. La montée en compétences des élus du personnel devient indispensable. Elle pose pourtant des difficultés, puisque les formations spécifiques nécessaires exigent des ressources alors que celles allouées au CSE restent insuffisantes… En 2024, 41 % des représentants du personnel ont certes renégocié leurs budgets mais 59 % ne l’ont pas fait. Ce manque de moyens freine inévitablement leur capacité à défendre efficacement les intérêts des salariés et à influencer les décisions stratégiques.
92 % des représentants du personnel estiment qu’ils devraient être davantage consultés sur les décisions stratégiques
Enfin, l’engagement syndical, qui avait connu un regain après les mobilisations consécutives à la réforme des retraites, tend à s’essouffler. Avec moins d’adhésions et une mobilisation en baisse, la capacité d’action du CSE et des organisations syndicales se trouve de plus en plus limitée. Cette dynamique est d’autant plus dommageable qu’une présence syndicale forte est souvent corrélée à un dialogue social plus équilibré et structuré.
Les défis du CSE dans le dialogue social
Ces dernières années, le climat économique des entreprises s’est fragilisé. Une situation qui pèse sur le dialogue social et donc, sur le CSE. Selon l’étude, près de sept salariés sur dix ont une bonne image de leur CSE, soit trois points de moins par rapport à 2023. Malgré cette baisse enregistrée, les salariés entretiennent globalement un regard positif à l’égard de la CSE. Un peu plus de six salariés sur dix s’estiment bien informés sur les prérogatives sociales et culturelles. Un sujet qui, selon eux, reste trop peu évoqué concerne les prérogatives environnementales du CSE. Plus de la moitié des salariés se considèrent mal informés sur ces sujets, alors que les collaborateurs – notamment des jeunes générations – accordent davantage d’importance à la RSE.
Du côté des représentants du personnel, le CSE présente plusieurs inconvénients. L’étude de l’Ifop fait le même constat qu’en 2023 : moins de la moitié d’entre eux (40 %) estiment que le poids des représentants du personnel s’est affaibli face à celui de la direction dans la nouvelle structure. Ils sont aussi plusieurs (37 %) à estimer que les réunions sont trop chargées et que le fond des sujets n’est pas traité.
Perspectives d’amélioration
Les salariés expriment une forte demande d’implication dans la gestion de l’entreprise : 92 % des représentants du personnel estiment qu’ils devraient être davantage consultés sur les décisions stratégiques. Cette attente illustre le besoin d’un dialogue social plus ancré dans la réalité du terrain et plus participatif.
Il existe pourtant plusieurs moyens de renforcer le dialogue social. D’abord, une meilleure reconnaissance du travail des élus du personnel et une simplification du fonctionnement du CSE permettraient d’optimiser son efficacité. Une réorganisation des ordres du jour des réunions pourrait susciter une discussion plus approfondie sur les sujets stratégiques, qui éviterait aux participants d’être noyés sous un flot d’informations administratives.
L’expérimentation de nouvelles formes de gouvernance partagée, à travers des consultations élargies et des accords coconstruits, constitue une autre piste possible. C’est également le cas de la digitalisation du dialogue social. Si le déploiement de tels outils constitue un investissement conséquent, il pourrait constituer un levier d’amélioration, en facilitant l’accès à l’information et en renforçant l’interactivité entre les salariés et leurs représentants.
Lisa Combe et Cem Algul