Les conséquences d’une mauvaise santé mentale au travail ont des répercussions aussi bien sur le plan humain qu’au niveau économique. Plus soucieux de leur bien-être, les salariés prennent aujourd’hui leurs distances quand leur travail affecte leur équilibre psychique. La Grande Enquête de Moka.Care et du GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences, menée par l'Ifop auprès de 2200 salariés français, révèle une hausse préoccupante des troubles psychologiques en entreprise.
Santé mentale : l’entreprise, une terre hostile pour un Français sur trois
Si la santé mentale a été désignée comme Grande Cause nationale pour cette année, les salariés continuent d’attendre davantage d’implication de la part de leur entreprise. Tant et si bien que la garantie d’un bon état psychique devient un critère de sélection et de productivité pour une partie des salariés français. Pour Guillaume d’Ayguesvives, cofondateur et directeur général de Moka.care, les entreprises doivent sensibiliser en interne pour répondre aux attentes de leurs salariés en matière de santé mentale. “La prévention au travail est la clé pour faire face à la dégradation de la santé mentale. Les entreprises ont tout à y gagner : en réduisant le mal-être au travail, elles limitent aussi l’absentéisme, le désengagement et ses impacts.”
Ainsi, la Grande Enquête sur la santé mentale au travail réalisée par l’Ifop révèle que neuf salariés sur dix attendent de leur entreprise un meilleur encadrement de ces sujets-là. En 2025, ils sont trois sur dix à déclarer ne pas travailler dans un environnement sain et respectueux, et à déclarer avoir été témoins ou victimes de violences verbales ou de harcèlement moral sur leur lieu de travail. Cette situation révèle un décalage entre les attentes des salariés, qui placent désormais la qualité de vie au travail parmi leurs priorités essentielles, et la réalité vécue dans certaines entreprises.
Les jeunes en quête d’équilibre
Pour les nouvelles générations, l’équilibre psychologique représente un enjeu majeur. L’université de Bordeaux sortait justement il y a peu une étude sur l’état de la santé mentale des jeunes, révélant que 41 % des jeunes Français présentent des syndromes dépressifs.
Nouveauté notable : la nouvelle génération d’actifs déstigmatise les troubles psychologiques et libère la parole dans les entreprises. Plus protecteurs de leur bien-être, les moins de 35 ans se différencient de leurs aînés par l’importance qu’ils accordent à la préservation de leur état psychologique. Si celui-ci est mis à rude épreuve, ils n’hésitent pas à se détacher de leur travail, d’où l’importance de voir les entreprises s’emparer du sujet. D’après l’étude de l’Ifop, plus de la moitié d’entre eux (56 %) font passer leur santé mentale avant leur travail, et 47 % ont déjà été amenés à moins travailler ‒ ou moins efficacement ‒ en raison de leur état psychologique. Des chiffres qui montent à 54 % pour les moins de 35 ans. Florence Patenotte, directrice communication et mécénat au GHU Paris psychiatrie & neurosciences, affirme que “le changement de regard sur les vulnérabilités et les maladies psychiques doit faire partie des défis de la responsabilité sociale des organisations, et cela passe aussi par une meilleure information, prévention et orientation vers l’offre de soins disponible.”
Une surexposition aux risques pour les femmes
La santé mentale des femmes, souvent en première ligne, est particulièrement fragile – notamment en raison du poids de la charge mentale qu’elles doivent porter. Elles sont en outre plus exposées à des risques et souffrent de davantage d’inégalités que leurs homologues masculins. Selon l’étude, 38 % des femmes déclarent un mal-être psychique, contre 22 % des hommes. Près de la moitié (45 %) d’entre elles déclarent avoir déjà souffert de stress chronique à cause de leur travail, contre seulement 26 % des hommes. Un schéma qui se répète au niveau de l’épuisement professionnel : 35 % des femmes ont déjà fait au moins un burn-out ces cinq dernières années. Soit 13 points de plus que leurs homologues masculins.
Lisa Combe