EcoVadis, référence mondiale des chaînes d’approvisionnement résilientes et durables, mène depuis un an un programme de transformation centré sur l’IA. La fonction RH a impulsé cette dynamique, avec le soutien du comité exécutif, et travaillé sur l’évolution des métiers et des compétences, en impliquant l’ensemble des collaborateurs. EcoVadis est lauréat du trophée DRH Augmenté décerné lors de la 12e édition des Victoires du Capital Humain qui s’est tenue le 27 novembre dernier au Pavillon d’Armenonville. Laurianne Le Chalony, DRH d’EcoVadis, revient sur cette approche.
Laurianne Le Chalony (EcoVadis) : “Chaque département de l’entreprise réfléchit à l’impact de l’IA sur les métiers et les compétences à développer”
Décideurs RH. Comment approchez-vous l’IA générative et ses répercussions au sein d’Ecovadis ?
Laurianne Le Chalony. EcoVadis a toujours connu une forte croissance de l’activité et des équipes, ce qui implique une transformation permanente de la fonction RH. Nous abordons l’IA générative sous deux angles : c’est un levier d’amélioration de nos processus RH et d’agilité organisationnelle. La fonction RH a par ailleurs un rôle de catalyseur du changement et se doit d’être au premier plan pour outiller les managers et rassurer les équipes face aux changements entraînés par l’arrivée de l’IA.
Notre objectif premier est d’améliorer la productivité des collaborateurs, de réinventer leur expérience et de renforcer leur engagement, tout en les préparant aux transformations métiers qui vont découler des usages de l’IA, avec des programmes d’upskilling et de reskilling.
Comment avez-vous construit votre expérimentation de l’IA ?
Lorsque nous avons commencé à travailler sur le sujet il y a un an, nous avons défini un plan d’action en trois phases. La première d’entre elles, qui a duré six mois, a été l’occasion d’élaborer, avec le département IT, le programme de formation pour les équipes RH et pour l’ensemble de l’organisation dans un cadre d’expérimentation permanente. Au sein de l’équipe RH, nous avons ouvert une chaîne Slack, une messagerie interne, où les collaborateurs ont été invités à partager des cas d’usage. Très hésitants au début, ils se sont vite pris au jeu : des centaines de cas d’usage ont été partagés très rapidement, et le principe de la chaîne Slack a été dupliqué au sein des autres départements de l’entreprise. Donner la main aux collaborateurs, les rendre acteurs de ces transformations les a grandement rassurés.
L’expérimentation a ensuite laissé la place à l’organisation de sessions de travail pour déterminer jusqu’où nous souhaitions aller dans les usages de l’IA. Le point de départ de notre réflexion était de “rêver avec audace” pour imaginer à quoi pourrait ressembler l’expérience collaborateur idéale, soutenue par l’IA, en 2030. Des managers ont été invités à participer sur le sujet du recrutement, des salariés récemment arrivés ont réfléchi à l’onboarding idéal en 2030, etc. La dynamique a rapidement dépassé les enjeux purement RH : chaque département de l’entreprise a réfléchi, en collaboration avec l’équipe IT ou l’équipe RH, aux conséquences de l’IA sur les métiers, les compétences à développer, et les investissements technologiques nécessaires.
Certains métiers risquent d’être plus touchés que d’autres…
Notre centre de services partagés illustre combien les métiers sont transformés par l’IA : 40 % des tâches des collaborateurs sont actuellement automatisées, et nous devrions bientôt atteindre les 60 %. Le turnover nous a permis de ne pas remplacer certains collaborateurs. Pour ceux qui sont en poste, nous les outillons et les formons afin qu’ils deviennent des créateurs et managers d’agents IA, ces derniers étant amenés à assurer une bonne part des tâches. Ces collaborateurs, qui sont placés en tant qu’acteurs de leurs trajectoires, sont rassurés de voir leur métier transformé et leur employabilité développée par l’acquisition de nouvelles compétences.
Vous avez souhaité former l’ensemble des collaborateurs. Pourquoi ?
La formation est clé pour faire de chaque salarié un acteur de ces transformations majeures. La grande majorité de nos effectifs – 95 % – a ainsi été formée à l’IA. La responsabilité de chacun a été mise au cœur de la dynamique de formation. L’éthique et la préservation de notre planète font partie de l’ADN d’Ecovadis, et ce sont des valeurs incarnées quotidiennement par l’ensemble des collaborateurs. Il nous semblait toutefois important de rappeler que l’IA n’est pas la réponse à tout, et d’indiquer, notamment à chaque connexion à Gemini Entreprise, ce que représente un prompt en matière de consommation d’énergie. Nous veillons aussi à rappeler que les informations partagées sur Gemini Entreprise restent dans un environnement fermé, sécurisé et appartenant à EcoVadis. Le programme de formation a remporté l’adhésion de l’ensemble des équipes, qui ont toutes fait part de leur enthousiasme et de leur engagement après l’avoir suivi.
“Il nous semblait important de rappeler que l’IA n’est pas la réponse à tout”
Quels usages concrets avez-vous mis en place ?
Après les séances de travail et les formations, il a fallu déterminer les usages prioritaires que nous allions faire de l’IA en fonction des pistes d’amélioration identifiées – et ce, en collaboration étroite avec le département IT, qui a été intégré au projet dès ses débuts.
Parmi les pistes retenues figure celle des coachs IA : nous avons créé un coach virtuel qui accompagne les managers sur les enjeux liés à leurs rôles et sur le modèle de leadership. Il les aide à préparer un feedback constructif adapté à la personnalité et aux difficultés rencontrées par chacun. Cela a remporté un vif succès, et la majorité des managers a préparé ses évaluations avec ces coachs. L’IA générative constitue ainsi un outil de réflexion clé en main qui aide les managers au quotidien, alors que la fonction RH ne peut consacrer l’intégralité de son temps au soutien des managers.
Une plateforme Guru, consacrée au partagée interne de connaissances, a parallèlement été créée, alimentée par l’ensemble des informations recueillies dans l’ensemble des départements de l’organisation. Elle répond à toutes les questions des collaborateurs, en matière de gestion des congés par exemple. Nous avons également automatisé le classement des documents par pays, créé des applications pour que les salariés puissent simuler eux-mêmes leurs bonus semestriels, etc. Il s’agit d’une révolution culturelle, qui a de multiples bénéfices, dont celui de libérer du temps aux équipes RH pour se concentrer sur des tâches à haute valeur ajoutée.
“Cette démarche d’implémentation de l’IA peut fonctionner partout, peu importe le modèle de l’entreprise”
Quelles sont les prochaines étapes ?
Nous allons travailler à l’amélioration continue de l’ensemble des solutions déployées au service de l’expérience collaborateur. Nous réfléchissons à la création d’un pôle innovation IA afin d’ancrer une culture d’expérimentation, toujours responsable, et de collaboration entre l’humain et l’IA.
Cette démarche d’implémentation de l’IA peut fonctionner partout, peu importe le modèle de l’entreprise. J’ai eu l’occasion de mentorer des DRH dans diverses sociétés, qui ont pu ensuite expérimenter ces méthodes.
Propos recueillis par Caroline de Senneville