Selon le baromètre réalisé par L’Ascenseur en partenariat avec l’Ifop en octobre 2024, 35 % des 2 001 jeunes de 12 à 30 ans interrogés considèrent ne pas avoir reçu les informations nécessaires pour s’orienter correctement. Géraldine Plenier, directrice générale de la Fondation Mozaïk, et Marie Lhermelin, secrétaire générale adjointe d'Altice/SFR, ont évoqué leurs engagements communs en faveur de la jeunesse.
Marie Lhermelin (Altice/SFR), Géraldine Plenier (Fondation Mozaïk) : “Le binôme association-entreprise est indispensable pour œuvrer en faveur de l’égalité des chances″
Cet entretien est une retranscription d’un épisode d’HR Makers, l’émission qui se penche chaque mois sur les défis rencontrés par l’écosystème RH. Découvrez l'épisode ici.
Décideurs RH. Géraldine Plenier, la Fondation Mozaïk fait partie de l’Ascenseur. Quelle est la genèse de ce collectif ?
Géraldine Plenier. L’Ascenseur a été créé en 2019 à l’initiative de deux associations, Article 1 et la Fondation Mosaïk, avec le soutien de BNP Paribas. L’objectif était de créer un lieu où des associations pourraient se réunir et travailler ensemble autour de la question de l’égalité des chances. Aujourd’hui, L’Ascenseur réunit une centaine d’associations, et accompagne plus d’un million de personnes par an. Notre but est aussi de plaider en faveur de la jeunesse française, au plus haut niveau institutionnel.
Vous avez réalisé un baromètre des inégalités perçues par la jeunesse en partenariat avec l’Ifop. Quels en sont les principaux enseignements ?
G. P. Le baromètre a interrogé les jeunes sur leurs perceptions en matière d’éducation, d’insertion professionnelle, d’accès à la culture, au sport et à l’entreprenariat, ainsi que sur leur engagement citoyen. L’un des constats majeurs est que la jeunesse a le sentiment que la société française est très inégalitaire et injuste, notamment sur la question du genre. L’autre enseignement est que les jeunes ont des difficultés d’accès à l’information en matière d’orientation professionnelle, ce qui inquiète nombre d’entre eux (78 %). Pour autant, ils sont 75 % à être satisfaits de la manière dont ils sont entrés dans la vie active. Ils ont également souligné une fracture territoriale, qui entraîne des difficultés à accéder au sport et à la culture, particulièrement dans les régions rurales.
“La fondation SFR est présente sur deux champs d’action prioritaires : l’inclusion numérique et l’égalité des chances″
Comment la Fondation Mozaïk œuvre-t-elle pour combattre ces inégalités ?
G. P. Nous apportons des solutions concrètes aux enjeux d’insertion et d’orientation, et accompagnons 3 000 étudiants en Master 2. Nous sommes également très présents dans les quartiers politiques de la ville, où le chômage, en particulier chez les jeunes, est très élevé. Nous menons aussi des actions de sensibilisation auprès des entreprises pour changer les regards et transformer les pratiques de recrutement.
La fondation SFR est engagée auprès de la Fondation Mozaïk. Quels sont ses engagements ?
Marie Lhermelin. La fondation œuvre en faveur de l’inclusion numérique et de l’égalité des chances, qui s’inscrivent dans notre mission : apporter la connexion numérique à toutes et tous. C’est pour cela que nous avons créé l’association Emmaüs Connect, il y a dix ans. Son but est d’accompagner les personnes les plus éloignées du numérique.
“La jeunesse a le sentiment que la société française est très inégalitaire et injuste″
Nous travaillons étroitement avec des associations dont l’égalité des chances est le cœur de métier, telles que la Fondation Mozaïk, mais aussi Article 1, Sport dans la Ville… Nous portons par ailleurs une attention particulière à la féminisation des métiers techniques et de l’ingénierie. Les ingénieurs sont nombreux chez SFR, et nous mettons l’accent sur le recrutement de femmes, avec l’appui d’associations telles qu’Elles Bougent ou Rêv’Elles, qui nous permettent d’identifier des profils féminins.
48 % des jeunes issus des politiques de la ville changent un élément sur leur CV
Nous accueillons par ailleurs 800 alternants chez SFR chaque année. C’est un levier clé d’insertion, qui s’inscrit dans notre culture d’entreprise fondée sur la transmission entre les différentes générations.
Géraldine Plenier, selon le baromètre de l’Ascenseur, 48 % des jeunes issus des politiques de la ville changent un élément sur leur CV. Comment est-ce que vous l’expliquez ?
G. P. Une bonne part de la jeunesse est très inquiète quant à sa capacité à trouver un premier emploi. Des jeunes portant des noms à consonance arabe ou africaine craignent de faire l’objet de discrimination et que leur CV ne soit pas retenu en raison de leur lieu d’habitation. C’est pourquoi il est primordial de sensibiliser l’ensemble des acteurs économiques à ce phénomène discriminatoire persistant.
Marie Lhermelin, que vous inspire ce chiffre ?
M. L. Les entreprises ont le devoir de former tous les managers et recruteurs à ces biais. Il existe par ailleurs de nouvelles méthodes de recrutement qui ne se fondent ni sur un CV ni sur un entretien classique. Chez SFR, nous testons l’assessment collectif qui permet aux recruteurs de juger la personnalité et les compétences des participants sans se référer à un CV.
Le binôme association-entreprise est-il essentiel pour assurer l’inclusion professionnelle de la jeunesse ?
G. P. La Cour des comptes a publié, le 19 mars dernier, son rapport annuel sur la jeunesse, qui souligne que, malgré l’investissement continu de l’État, certaines problématiques demeurent, notamment concernant l’accès à l’emploi des jeunes issus des quartiers bénéficiant de politiques de la ville. Le rôle des associations sur le terrain est primordial pour aller vers cette jeunesse. Mais elles ne peuvent le faire sans le soutien des pouvoirs publics et des entreprises.
“Nous avons développé le programme Propulsion, grâce auquel des cohortes composées d’une vingtaine de jeunes peuvent passer deux jours en entreprise″
Au-delà de l’appui financier des entreprises, il est important que les salariés deviennent mentors de jeunes souhaitant trouver leur place dans la société, quelles que soient leurs origines ethnoculturelles, sociales et territoriales. Le binôme association-entreprise est essentiel, comme l’engagement de la Fondation SFR auprès de l’Ascenseur le montre. Cette coopération doit s’inscrire dans le temps long afin d’aboutir à des impacts durables.
Plus concrètement, nous avons développé le programme Propulsion, grâce auquel des cohortes composées d’une vingtaine de jeunes peuvent passer deux jours en entreprise. Les collaborateurs présentent leurs métiers et un système de mentorat est mis en place entre un salarié et l’un des membres du programme. Nous avons constaté que 80 % des participants en moyenne trouvent un emploi dans les six mois suivants. Cela leur a permis de collecter les bonnes informations, de démystifier l’entreprise et de reprendre confiance.
M. L. Le binôme association-entreprise est indispensable pour œuvrer en faveur de l’égalité des chances. Nous avons besoin du travail des associations pour identifier les viviers de candidats, comme le propose la plateforme Mozaïk Talents. Il y a par ailleurs des freins à lever à tous les niveaux : les associations aident les jeunes à déconstruire des croyances limitantes et les amènent vers l’entreprise. Cela concerne également ceux qui sont en décrochage complet, qui sont autour d’un million actuellement. C’est pour cela que nous soutenons l’association WeTechCare, qui s’adresse aux jeunes sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, puis les met en lien avec des coachs grâce à la plateforme Le Déclic.
“Les jeunes issus des quartiers prioritaires de la ville ont encore plus de difficultés que les autres à accéder aux financements″
Comment soutenez-vous l’entreprenariat chez SFR ?
M. L. L’entreprenariat séduit de plus en plus de jeunes. La fondation soutient l’association Time2Start, créée par Hawa Dramé, qui aide les jeunes issus des quartiers bénéficiant de politiques de la ville à monter leur entreprise, dès la conception du projet jusqu’à son lancement, voire même plusieurs mois après. Ce programme permet à des entrepreneurs d’être coachés par des experts de SFR sur divers métiers : communication, marketing, juridique, etc.
Enfin, les jeunes issus des quartiers prioritaires de la ville ont encore plus de difficultés que les autres à accéder aux financements. C’est pour cela que nous avons monté le Fond Sens, avec Mozaïk RH, qui propose aux entrepreneurs des programmes de mentorat et de prêt à taux zéro.
Propos recueillis par Caroline de Senneville