Germain Simon et Arnaud Ardoin se sont rencontrés sur les courts de tennis. De ces échanges est né Kalee, un organisme de formation et d’expertise qui accompagne les dirigeants et leurs équipes avec des programmes sur mesure consacrés à la santé mentale. Interview.

Décideurs RH. Quelle est la genèse de Kalee ?

Germain Simon. Kalee est née de la rencontre entre deux spécialités complémentaires. Arnaud Ardoin, journaliste TV et écrivain, apporte son expertise en matière de prise de parole en public, de leadership, de communication. J’apporte mon expérience de plus de quinze ans en matière de préparation mentale et d’accompagnement psychologique, issue de ma pratique du sport de haut niveau et complétée par cinq ans d’études et plusieurs années d’enseignement universitaire. Cette approche croisée, fondée sur la maîtrise du mental et la communication, constitue l’ADN de Kalee.

La performance des sportifs de haut niveau a-t-elle des similitudes avec ce qui est attendu en entreprise ?

L’entreprise est un lieu où la conduite de performance à haut niveau est exigée, sans qu’un cadre véritablement sécurisant et structurant sur le plan mental soit proposé aux collaborateurs. Ils sont souvent livrés à eux-mêmes et doivent se débrouiller avec ce qu’ils sont. C’est le résultat d’une méconnaissance persistante des enjeux liés au “mental”.

Notre approche de la performance en entreprise prend ses racines dans le sport de haut niveau et s’élargit avec un comité d’expert venu de divers horizons : médecins, managers, neuroscientifiques et psychologues. Le but est tout d’abord de clarifier ce qui est attendu : que veut dire ”performance” dans mon métier et quelles sont les conséquences pour mon mental ? Quels sont les facteurs de risque et les ressources disponibles ? Cela implique une analyse fine des métiers et de l’organisation.

Assurer une performance durable exige par ailleurs certaines connaissances fondamentales, concernant le stress notamment. Il est essentiel de distinguer les pics de stress, nécessaires à notre apprentissage et donc notre performance, du stress chronique, qui est à bannir. Dès lors, il ne peut y avoir de performance durablement menée au sein de l’entreprise sans connaissance des ressources et des facteurs sécurisants dont disposent les collaborateurs. Cela exige une approche organisationnelle, individuelle et relationnelle.

Les entreprises se sont-elles suffisamment emparées de ces enjeux ?

La dimension mentale est longtemps restée un angle mort des politiques de prévention. Le renouvellement de la santé mentale comme Grande cause nationale du gouvernement pour 2026 est une bonne chose, mais il faut aller plus loin et rester très vigilant sur les mises en action. L’accompagnement proposé aux entreprises reste très souvent orienté sur la prévention secondaire et tertiaire, avec des cellules d’écoutes et des plateformes de psychologue. Or, l’accent doit être porté sur une politique de prévention primaire, mise en place bien avant l’apparition de troubles. Ce qui exige une approche tournée vers les réalités terrains et métiers.

Si l’entreprise n’a pas à endosser un rôle de soignant, elle a une obligation de résultat en matière de sécurité psychologique. Une organisation, pour atteindre ses objectifs, doit tenir compte des besoins fondamentaux de ses collaborateurs et des limites du mental humain. Les plus grands sportifs connaissent leurs limites, et c’est cela qui leur permet de faire les bons choix et de ne pas renoncer face aux défis. C’est la même chose en entreprise : quand la santé mentale est intégrée à toutes les strates de l’organisation, les personnes se sentent reconnues, performent plus longtemps et s’engagent dans la durée.

 Les plus grands champions ne s’entrainent pas plus mais mieux 

Quelle méthode avez-vous privilégiée ? 

Notre approche, qui se concentre sur la prévention primaire, exige de travailler à 360 degrés avec une équipe pluridisciplinaire. Nous organisons des audits avec les équipes de direction pour bien saisir les enjeux métiers, puis nous sensibilisons et formons les dirigeants et l’ensemble des collaborateurs. Ce travail permet ensuite de mettre en place une organisation, des outils et des rituels qui ressourcent l’ensemble des équipes, y compris les dirigeants.  

Le sport de haut niveau est là encore un bon exemple : les plus grands champions ne s’entrainent pas plus mais mieux, avec le souci continu de la qualité du travail réalisé. Nous invitons les dirigeants à s’en inspirer et se questionner sur leur conduite de la performance : pour être plus performant, il faut peut-être poser les bonnes limites pour faire mieux.

Quel message clé souhaitez-vous adresser aux dirigeants ?

Collaborateurs, managers, dirigeants, équipes RH, représentants du personnel : la dimension mentale concerne l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise. Les dirigeants doivent s’interroger sur leur propre conduite de la performance, et les ressources dont ils ont besoin, et être garant d’une démarche globale de prévention en santé mentale au sein de l’organisation. Nous avons ainsi développé un programme de référent en prévention santé mentale pour aider les organisations à s’emparer de ce sujet et à l’adapter à tous les niveaux de l’organisation.