Dans ce nouvel épisode d’Inclusion 4 Change, focus sur un enjeu majeur et encore largement sous-exploité : l’insertion professionnelle des personnes réfugiées.
Inclusion4Change (BSmart4Change) : Comment mieux insérer les personnes réfugiées ?
Marie Larsonneau (AFMD) revient d’abord sur les réalités qui se cachent derrière ce statut, défini par la Convention de Genève, et qui leur donne donc le droit de travailler en toute légalité. En France, plus de 700 000 personnes sont aujourd’hui réfugiées, mais seulement 16 % d’entre elles accèdent à l’emploi dans la première année suivant l’obtention de leur statut – principalement dans les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration, et dans le BTP. Le chiffre est particulièrement bas, alors même que cette population cherche à accéder à l’indépendance économique et à s’insérer socialement, et que de nombreux secteurs peinent à recruter.
Un reportage tourné à École des Cuistots Migrateurs illustre concrètement les leviers d’action existants : formation, apprentissage linguistique, accompagnement social et mise en relation avec les entreprises. Une approche globale, qui montre que l’insertion professionnelle ne se limite pas au recrutement, mais s’inscrit dans un parcours.
En plateau, les échanges entre Yasmine Leroux (Fondation TENT) et Amélie Rambaud (SUEZ) permettent d’aller plus loin. Yasmine Leroux revient sur les freins persistants ‒ méconnaissance administrative du droit au travail qu’ouvre le statut, barrière de la langue, complexité administrative, discriminations ‒ mais aussi les angles morts, comme les inégalités spécifiques vécues par les femmes réfugiées ou encore le déclassement professionnel. La mission de TENT est ainsi de lever les barrières à l’emploi en produisant de l’information, mais aussi de la mise en relation entre entreprises et dispositifs d’insertion.
Amélie Rambaud, directrice adjointe Innovation Sociale & Circulaire chez SUEZ, explique la modalité d’action qu’a choisie SUEZ, et insiste sur l’efficacité d’une action coordonnée entre territoires, associations et entreprises. Avec de nombreux besoins de recrutement, la mobilisation de SUEZ a été naturelle, passant d’abord par les dispositifs d’insertion – centres d’hébergements, associations, collectifs, mais aussi des institutions comme Tent ou France Travail. Les vertus de ces recrutements : diversité, management, et gestion d’un effectif très engagé et désireux de rester en emploi. SUEZ a donc lancé depuis 2018 un dispositif d’alternance, complété par un accompagnement social et administratif, des cours de langue et des formations interculturelles sur les codes du travail en France, pouvant déboucher sur un CDI ou un CDD de plus de six mois.
L’enjeu que soulève l’émission est profondément social. L’insertion des personnes réfugiées ne pourra réellement changer d’échelle qu’à travers une mobilisation active des entreprises, capables de dépasser les logiques court-termistes pour s’inscrire dans une démarche d’engagement durable. À la clé : non seulement une réponse concrète à un défi sociétal majeur, mais aussi l’accès à un vivier de talents souvent invisibilisés, dont la fidélité et l’engagement constituent un atout précieux pour les organisations.
Judith Aquien