La généralisation de l’IA générative à l’ensemble des usages privés et professionnels pourrait laisser penser qu’apprendre devient désormais un luxe, réservé à celles et ceux qui, par pure curiosité, souhaiteraient encore acquérir des compétences devenues inutiles. Apprendre à écrire, coder, gérer un process : à quoi bon, si l’intelligence artificielle génère si aisément des contenus qui semblent répondre aux besoins de l’entreprise ?
DOSSIER - IA : apprendre avec, penser sans
C’est précisément là qu’entrent en jeu la responsabilité des entreprises et les compétences humaines. Il devient indispensable de préserver l’esprit critique et l’exigence d’abord, pour comprendre ce que produit l’IA, en identifier les biais et déceler ses erreurs ; la capacité d’innovation ensuite, pour rester compétitif, se démarquer par l’unicité d’un service, d’une offre, d’une valeur ajoutée – ce supplément d’âme qu’aucune technologie ne saurait reproduire entièrement.
L’IA soulève ainsi un enjeu fondamental : notre capacité à travailler avec elle, mais aussi sans elle. Faire avec devient essentiel, sous peine d’être rapidement dépassé : il faut réapprendre son métier à l’aune de ce qu’elle transforme en profondeur. Pour autant, savoir s’en passer demeure tout aussi crucial, pour préserver nos capacités de réflexion aussi bien que le lien humain : savoir écrire un mail, élaborer une stratégie, faire preuve de synthèse, détecter un talent chez quelqu’un qui, à première vue, ne coche pas toutes les cases. Savoir interagir et penser, tout simplement.
De ces enjeux découle la capacité de l’entreprise à définir, à travers un regard propre et non artificiellement généré, ce qu’elle recherche et ce vers quoi elle tend. Encore faut-il en user avec discernement et frugalité, afin de préserver l’humain autant que la planète, mais aussi une certaine forme de souveraineté. Choisir une IA plutôt qu’une autre est bien un acte politique, en particulier à l’heure où les équilibres géopolitiques vacillent.
C’est cette réflexion qui traverse le dossier « IA : former qui, à quoi et comment ? ». Il interroge l’indispensable transformation des métiers, la nécessité de faire vivre l’esprit critique, l’importance de continuer à apprendre à apprendre, et souligne aussi combien il est capital de replacer l’éthique et la souveraineté au cœur des stratégies d’entreprise.
Judith Aquien
Au sommaire
- Jean-Côme Renaudin (Schneider Electric) : “L’esprit critique est un muscle qu’il faut entraîner par la pratique pour se prémunir du mode pilote automatique”
- Stéphane Théocharis (Allianz France) : “Le test & learn est au cœur de notre modèle”
- Ludovic Russier (OPmobility) : “L’IA nous oblige à repenser en profondeur notre manière de former”
- Caroline Comte (Académie France Travail) : “La numérisation transforme notre offre de service tout en rendant la relation de proximité plus personnalisée”
- Virginie Strobbe (Getlink) : “Je suis convaincue que l’innovation vient du terrain”
Un dossier constitué par Judith Aquien, Caroline de Senneville et Cem Algul