Getlink, gestionnaire du tunnel sous la Manche, transporte chaque année plus de 2 millions de véhicules et 8 millions de passagers. Le groupe a mené plusieurs vastes chantiers autour de l’intelligence artificielle, pour améliorer la maintenance de ses infrastructures. Virginie Strobbe, Digital Factory Manager, détaille cette approche.

Décideurs RH. En quoi l’IA s’intègre-t-elle pleinement dans vos priorités stratégiques?

Virginie Strobbe. Getlink bénéficie avec le tunnel sous La Manche, d’une infrastructure unique, qui exige d’être à la pointe de l’innovation technologique, que ce soit pour le service de navettes ferroviaires opéré par Eurotunnel transportant des camions et des voitures, ou pour Eleclink, l’interconnexion électrique à courant continu de 1000 mégawatts installée dans le tunnel sous La Manche et reliant le réseau français à son équivalent britannique. L’ensemble de ces activités fonctionnent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, ce qui exige une gestion rigoureuse de nos actifs afin de garantir la fluidité du trafic et la continuité de nos services, notamment grâce à une maintenance prédictive de nos infrastructures. L’IA est un outil essentiel à cet effort de maintenance.

Comment l’IA a-t-elle transformé la maintenance des infrastructures ?  

Nous avons travaillé sur l’organisation de la data et sur l’IA prédictive, bien avant l’essor de l’intelligence artificielle générative, pour évaluer en permanence et en temps réel l’état des équipements et optimiser ainsi nos activités de maintenance. Sur nos trains, nous utilisons par exemple des capteurs qui analysent les éventuelles fluctuations de température des systèmes de freinage et permettent d’intervenir avant qu’un incident n’advienne. Une autre innovation concerne une application, basée sur la computer vision, qui permet d’analyser les images de la caténaire captées par un camion équipé de caméras circulant dans le tunnel sous la Manche. En analysant ces images au moyen d’algorithmes, nous détectons d’éventuels signaux faibles invisibles à l’œil nu en amont d’un éventuel impact sur l’exploitation.

L’émergence des IA génératives a changé la donne et permis une appropriation beaucoup plus large et rapide de ces outils par l’ensemble des équipes du groupe.

Quels dispositifs avez-vous mis en place pour accompagner la montée en compétences des collaborateurs sur l’IA ?

L’accompagnement des collaborateurs se fait à différents niveaux : un parcours numérique de sensibilisation aux enjeux et à l’usage de l’IA, notamment en termes de sécurité et d’éthique, est disponible pour tous sur la plateforme de formation du groupe. Nous animons des formations en présentiel ciblées et des ateliers pratiques, “L’IA, mon entreprise et moi, sur le fonctionnement d’un projet IA, de l’idée à la mise en production, ou “Mon agent IA et moi”, sur l’usage d’agents IA pour l’améliorer la productivité et la collaboration à l’échelle d’une équipe.

Nous avons également organisé en France et au Royaume-Uni les “AI Days”, des journées de sensibilisation, comprenant des démonstrations sur le terrain, des partages de bonnes pratiques et des retours d’expérience. Tout cela découle d’une culture de la formation bien ancrée dans notre organisation.

Nous impliquons les équipes sur le terrain dans la conception des outils d’IA générative”

En plus de ces formations, nous nous impliquons avec les équipes sur le terrain dans la conception des outils d’IA générative : cela a été le cas pour l’application ProfFTMS, qui rappelle les règles métiers à respecter pour une bonne gestion du terminal de fret, par exemple.

Cette co-construction est essentielle, car je suis convaincue que l’innovation vient du terrain. Il est par ailleurs capital que les collaborateurs aient conscience de ce qu’il est possible de faire pour qu’ils puissent eux-mêmes imaginer des cas d’usage. Tout en les encadrant, nous les encourageons à partager leurs idées, à tester et à expérimenter : c’est grâce à cette “caisse de résonance” que naissent les innovations.

Cette approche permet également de dissiper certaines craintes autour de l’IA. Notre vision est très claire : l’IA n’a pas vocation à remplacer les équipes. Au contraire, elle est au service de “collaborateurs augmentés” : des professionnels que l’automatisation de certaines tâches laisse libres de se concentrer sur leur cœur de métier.

Dans quelle mesure l’IA contribue-t-elle à l’innovation pédagogique au sein de Getlink ?

Grâce à l’IA générative, nous travaillons actuellement à la modernisation du parcours de formation proposé aux saisonniers recrutés pour faire face à l’augmentation du trafic durant l’été. L’IA nous permet de sortir du cadre des présentations PowerPoint traditionnelles pour proposer des contenus interactifs et des escape games. Ce travail, assuré avec l’équipe en charge de leur formation, remplit un objectif pédagogique : rendre les formations plus engageantes tout en répondant à des exigences de sécurité très élevées pour nos passagers.

Propos recueillis par Caroline de Senneville

 

Prochain rendez-vous
Décideurs RH 

24 juin 2026
Talents ! 
Les nouveaux leviers de la gestion des talents

CONFÉRENCES ● COCKTAIL ● DÉJEUNER   REMISE DE PRIX
Voir le site »

GUIDES DÉCIDEURS RH

> Commander

Newsletter Flash

Pour recevoir la newsletter hebdomadaire de Décideurs RH, merci de renseigner votre mail

{emailcloak=off}