Suite à la publication de l’édition 2025 de son étude de rémunération, Coralie Rachet, Managing Director de Robert Walters en France, présente les dynamiques du marché de l’emploi des cadres pour l’année à venir.

Décideurs. Quelles tendances se dessinent pour 2025 d’après votre nouvelle enquête ?

Coralie Rachet. Après deux années marquées par une croissance artificielle des offres d’emploi, liée au rattrapage post-Covid, le marché semble ralentir pour reprendre son souffle. Les attentes salariales élevées, la forte concurrence et la montée des contre-offres ont posé plusieurs défis aux entreprises cette année, rendant le recrutement plus ardu. Ainsi, 84 % des entreprises expriment leur préoccupation face à la pénurie de compétences et de talents, soit une hausse de six points par rapport à l’année précédente. Cependant, il ne s’agit pas d’un retournement du marché, qui demeure dynamique. En témoigne le fait qu’un cadre sur deux envisage de changer d’emploi dans les douze mois à venir.

"Le marché de l’emploi ralentit, mais on ne parle pas de retournement"

Cette année, nous anticipons un rééquilibrage du marché de l’emploi, où les professionnels adopteront une approche plus réaliste dans leurs attentes, tandis que les entreprises se montreront plus attentives et ouvertes. Les organisations qui sauront tirer leur épingle du jeu seront celles qui optimiseront leurs processus de recrutement, mettront en avant leur marque employeur, offriront des perspectives d’évolution claires et, naturellement, proposeront des rémunérations attractives.

Quelles sont les nouvelles attentes des cadres pour l’année à venir ?

Les priorités des professionnels sont en pleine mutation : bien que le salaire demeure crucial, les cadres recherchent avant tout des perspectives d’évolution claires, un management aligné sur leurs valeurs, et un cadre de travail flexible. En 2024, le retour au bureau a été largement discuté, amorcé par plusieurs grandes organisations à l’international. Cependant, en France, peu ont suivi cette tendance, et 56 % des entreprises n’envisagent pas de modifier leur politique de télétravail pour 2025. Celles qui réévaluent leur approche sont principalement celles qui proposaient initialement un télétravail à quatre jours par semaine, voire à 100 %, et qui optent désormais pour un rythme plus modéré de deux à trois jours par semaine. Cependant, les entreprises qui choisiraient de revenir à un modèle 100 % présentiel pourraient voir leur attractivité et leur capacité à retenir les talents diminuer considérablement.

Qu’en est-il des sujets de parité, inclusion et diversité ?

En 2024, l’instabilité du marché a conduit les organisations à se recentrer sur leurs activités principales, reléguant souvent ces sujets cruciaux au second plan. Les seniors continuent de rencontrer des difficultés à trouver un emploi, et l’écart de rémunération entre hommes et femmes est resté inchangé depuis trois ans. Pour 2025, il est impératif que les entreprises réintègrent ces projets au cœur de leurs priorités, surtout dans un contexte marqué par des difficultés de recrutement et une pénurie de compétences. Les organisations qui ne s’engagent pas activement en faveur de la parité, de l’inclusion et de la diversité négligent une part importante de leur vivier de talents potentiels et compromettent leur attractivité. Certaines initiatives pourraient encourager un engagement plus fort dès l’année prochaine, notamment la future directive européenne visant à accroître la transparence des rémunérations, tant en interne que lors des processus de recrutement.

Que prévoyez-vous en ce qui concerne l’utilisation de l’IA en 2025 ?

L’intelligence artificielle continue de se déployer à grande échelle, mais l’enjeu principal réside dans l’apprentissage de son utilisation optimale, afin d’exploiter pleinement son potentiel tout en établissant des limites claires. Cela est particulièrement pertinent dans le domaine du recrutement. Chez Robert Walters, nous employons des outils d’intelligence artificielle pour personnaliser et optimiser les offres d’emploi, ainsi que pour rédiger des comptes-rendus d’entretiens. Cependant, l’intervention humaine reste cruciale pour contrôler les biais potentiels de discrimination et garantir l’anonymisation des informations. Pour s’assurer d’une utilisation éthique et responsable, notamment dans le secteur du conseil, des ressources telles que le manifeste du Syntec Conseil offrent des lignes directrices précieuses sur l’intégration de l’intelligence artificielle tout en restant en phase avec les enjeux économiques et sociétaux contemporains.

Quelles fonctions seront les plus recherchées en 2025 ?

Dans un monde en perpétuelle mutation, où les défis se multiplient et où le contexte économique et géopolitique accentue l’instabilité du marché, toutes les fonctions connaissent des tensions. Néanmoins, le recrutement pour les postes de middle et top management continue, et les profils spécialisés sauront se démarquer. Des disparités sectorielles sont à prévoir : certains secteurs, tels que le BTP et l’immobilier, ont connu des difficultés en 2024. De même, la distribution a été affectée par l’inflation, le retail pâtit de la concurrence du commerce en ligne, et l’industrie auto­mobile fait face à ses propres défis.

"Nous nous attendons à un rééquilibrage en 2025, avec des candidats plus réalistes sur les augmentations, et des entreprises plus ouvertes dans leurs recrutements"

Toutefois, certaines perspectives positives émergent, notamment dans les domaines de la tech et du digital, avec un accent particulier sur la cybersécurité, ainsi que dans les secteurs de la santé, de la finance, des énergies et de la défense. Ainsi, les professionnels évoluant dans ces secteurs porteurs auront de belles opportunités à saisir en 2025.

Entretient avec Coralie Rachet, Managing Director, Robert Walters