Le 5 novembre 2024, Auchan a annoncé un ensemble de mesures afin de restructurer ses activités Retail. Immédiatement, le groupe s’est associé à l’ensemble des parties prenantes pour assurer le retour à l’emploi des salariés et prévenir les RPS. Mahdi Boukennat, directeur des relations sociales d’Auchan Retail, expose les implications de ce PSE.

Mise à jour du 24 septembre 2025 : Depuis l’interview réalisée durant l’été et publiée le 10 septembre 2025, le tribunal administratif de Lille a invalidé, mardi 23 septembre, le plan social évoqué dans cette interview, estimant la procédure irrégulière.

 

Décideurs RH. Pouvez-vous revenir sur les principaux jalons du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) lancé en 2024 ?   

Mahdi Boukennat. Le projet de restructuration a démarré en novembre 2024, assorti d’un PSE portant sur trois périmètres ‒ magasins, e-commerce et services support ‒ et impliquant 2 300 des collaborateurs du groupe, en grande majorité des vendeurs et vendeuses. Certains magasins ont déjà été repris et les emplois sauvegardés. Par ailleurs, 680 salariés sont partis dans le cadre du départ volontaire pour un emploi, formation qualifiante ou création d'entreprise, 350 salariés ont été reclassés en interne, 300 salariés licenciés ont trouvé une solution pérenne (160 départs pour un CDI et 140 départs en congé de fin de carrière jusqu'à liquidation des droits à la retraite). Enfin, 600 salariés sont entrés en congé de reclassement sur des projets formation de reconversion ou création d'entreprise, pour lesquels ils bénéficient d’une enveloppe allant de 12 000 à 15 000 euros. Un budget de 5 000 euros par personne consacré à la gestion des aspects administratifs est également prévu.

“Nous nous engageons pour ne laisser personne de côté” 

Quel que soit le projet privilégié, ils bénéficient tous d’un congé de reclassement rémunéré qui peut aller jusqu’à deux ans, contre les quatre mois prévus par la loi. Nous avons souhaité, avec ce congé allongé, accompagner au mieux les personnes les plus vulnérables – seniors, personnes en situation de handicap, proches aidants, familles monoparentales –, pour qui le retour à l’emploi peut être plus délicat. Nous nous engageons pour ne laisser personne de côté et prévenir les risques psychosociaux (RPS).

Comment qualifiez-vous le climat social actuel chez Auchan Retail ?

Nous avons signé, à l’issue des négociations, un accord avec trois des cinq organisations syndicales. Nous n’avons pas pu répondre à l’ensemble de leurs demandes, mais avons gardé tout au long des échanges le même leitmotiv : l’objectif du retour à l’emploi pour tous, assorti d’un congé de reclassement applicable à toutes les situations.  

Le contexte est difficile, ce qui peut parfois tendre le climat social. Mais nous maintenons en permanence le dialogue avec les partenaires sociaux, très attentifs au fait que nous remplissions notre obligation de santé et de sécurité en tant qu’employeur. Nous veillons à leur fournir le maximum d’informations concernant les mesures d’accompagnement instaurées tout au long du processus.  

Les élus des comités centraux d’Auchan Retail ont demandé une expertise économique ainsi qu’une autre sur les conditions de travail. C’est un dispositif assez lourd, qui a gelé la procédure de novembre 2024 à février 2025. Nous nous y sommes toutefois prêtés avec bonne volonté, et nous ne rechignons jamais à mener ces expertises car nous devons apporter des réponses aux différentes parties prenantes : les élus, les salariés, l’administration du travail, mais aussi les médecins du travail, les infirmiers et infirmières qui sont là pour prendre le pouls du climat social au quotidien.

Quelle est votre approche de la gestion des RPS dans une situation aussi délicate ?

Quand nous avons lancé le PSE, nous n’avions qu’une chose en tête : accompagner et prévenir les RPS pour ceux qui sont impactés par le plan, mais aussi pour ceux qui restent.

Lors du gel de la procédure, il a fallu partager les informations avec nos salariés qui ne voyaient pas les choses avancer. C’est pourquoi nous avons rapidement mis en place une cellule psychologique, qui a été très sollicitée lors de l’annonce du PSE. Une cellule d’accompagnement RH a aussi été montée en partenariat avec un cabinet de conseil, pour accompagner les collaborateurs, leur expliquer les formations accessibles, les modalités du congé de reclassement, etc. Nous mettons également à disposition un service de numéro vert, qui oriente tout au long de l’année vers des psychologues ou services d’assistance sociale. Le dispositif a été renforcé pendant cette période.

“Nous avons rapidement mis en place une cellule psychologique, qui a été très sollicitée lors de l’annonce du PSE”

Que mettez-vous en place pour préserver au mieux les personnes concernées par le PSE ?

Certains publics sont particulièrement à risque et doivent faire l’objet de toute notre attention : c’est le cas des salariés des sites qui vont être intégralement fermés, y compris les managers qui sont eux aussi concernés et doivent continuer à accompagner leurs équipes. Une permanence psychologique a été mise en place dans ces magasins.  

Nous avons mobilisé les médecins du travail, les infirmiers et infirmières, et avons associé notre commission santé-sécurité et conditions de travail dans chacun des périmètres concernés, pour établir notre feuille de route en matière de prévention. Dans le cas des managers ainsi que des responsables RH, qui ont un rôle central dans ce contexte, nous avons fait appel à un cabinet spécialiste des transformations et de la gestion du changement pour qu’ils puissent être formés à tous ces enjeux.

Une autre population à laquelle il faut être particulièrement vigilant concerne les salariés en arrêt de travail de longue durée. Il faut veiller à leur annoncer que leur poste est supprimé, être à leur écoute, être attentifs à eux. Cet accompagnement est indispensable, car ils sont parfois les grands oubliés.

Nous avons mené l’ensemble des étapes du PSE avec la même priorité : le retour à l’emploi. Je vais vous raconter un épisode qui illustre bien notre engagement et notre capacité à trouver une solution pour la majorité des salariés inclus dans le PSE. Lors d’un plan précédent concernant la fermeture de nos centres d’appel, le reclassement d’un de nos salariés, malvoyant, s’est avéré particulièrement délicat. Nous l’avons accompagné jusqu’au bout et avons financé l’aménagement de son nouveau poste de travail chez son nouvel employeur, ce qui lui a permis d’obtenir un CDI.

“La Drieets contrôle les mesures sociales destinées à ceux qui partent, mais aussi et surtout l’accompagnement proposé à ceux qui restent”

Comment gérez-vous les changements à prévoir, notamment sur la charge de travail, pour les équipes qui restent ?

Nous menons un travail important afin de répartir la charge de travail en fonction des postes supprimés et de nous assurer qu’elle reste raisonnable pour ceux qui conservent leur poste. La Drieets (Direction régionale et interdépartementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) est très vigilante sur ces aspects. Le livre 4 et son application représentent l’un des volets les plus importants pour valider la procédure. La Drieets contrôle les mesures sociales destinées à ceux qui partent, mais aussi et surtout l’accompagnement proposé à ceux qui restent. Elle est très attentive, au travers d’échanges réguliers et de contrôles, aux conséquences de cette restructuration sur les conditions de travail de nos collaborateurs.

Au-delà de ces discussions avec l’administration, nous avons nos propres processus internes pour nous assurer que les conditions de travail restent bonnes, grâce à des baromètres établis chaque semaine avec le concours des salariés. Ils servent à prendre connaissance des éventuels points d’alertes, auxquels nous répondons en prenant des mesures correctives. Enfin, les chargés de prévention du groupe, qui sont des ingénieurs en santé, sécurité et conditions de travail, ont un rôle particulièrement important pendant cette période. Ils vont à la rencontre des managers de chaque service pour détecter d’éventuels signaux de mal-être et de souffrance au travail. Nous ajoutons à cela la surveillance des indicateurs d’absentéisme, la durée des arrêts de travail, etc.

“Nous allons être soumis à un coefficient multiplicateur du Smic pour revitaliser des bassins d’emploi”

Êtes-vous tenus de revitaliser des bassins d’emploi dans des régions particulièrement touchées ?

Tout à fait. C’est le cas notamment en Auvergne, où plusieurs magasins ont fermé à Clermont-Ferrand et aux alentours, mais aussi dans les Hauts-de-France, où 700 emplois ont été supprimés.

Nous avons été sollicités par les directions des départements du travail ainsi que par la direction générale du travail, puisque ce PSE est de dimension nationale. Nous allons être soumis à un coefficient multiplicateur du Smic pour revitaliser des bassins d’emploi. Cette cotisation va contribuer à financer des associations d’insertion dans l’emploi des quartiers sensibles et à créer des fermes écoresponsables, notamment.

Propos recueillis par Caroline de Senneville