Qu’elles soient étudiantes ou cadres dirigeantes dans de grandes entreprises, les femmes ont tout à gagner à rejoindre des organisations capables de les accompagner dans les étapes clés de leur carrière. Le networking est un outil puissant pour apprendre à se faire remarquer et faciliter sa prochaine promotion.

L'histoire des réseaux de femmes s’écrit dans l’Hexagone depuis la fin des années 1990. Les premiers sont apparus sous l’influence des sociétés américaines – pionnières sur le sujet – implantées en France. Alors que l’on en comptait une centaine en 2017, ces associations se sont multipliées pour passer la barre des cinq cents en 2023. Les réseaux prennent différentes formes : réseaux d’écoles, d’entreprises, professionnels (secteurs, métiers, etc.) ou transverses. Objectif ? Réduire les inégalités entre les hommes et les femmes, lesquelles sont toujours moins payées que leurs homologues masculins et peinent encore parfois à accéder équitablement à des postes de direction.

"Les réseaux de femmes tels qu’on les connaît aujourd’hui se sont surtout développés dès les années 2000, période à partir de laquelle les femmes ont commencé à accéder davantage à des postes à responsabilité tout en constatant que leur ascension ne s’opérait pas comme celle des hommes", note Emmanuelle Gagliardi, présidente de Connecting Women, agence qui œuvre pour la mixité en entreprise. Les réseaux ont rapidement émergé dans des secteurs comme la banque/assurance, l’industrie ou les technologies.

Tous âges

Les femmes peuvent être accompagnées à chaque étape de leur carrière. Côté enseignement, les établissements ayant pignon sur rue se sont dotés de réseaux, clubs et autres associations. C’est le cas de Dauphine ou Sciences Po avec respectivement le Club Dauphine au féminin et Sciences Po au féminin qui mettent en lien les étudiantes et les diplômées afin de les faire gagner en influence. D’autres organismes prennent le relais en proposant des formations ou des rencontres, que ce soit à travers des réseaux sectoriels ou de métiers, mais aussi au sein même des entreprises. En 2023, 95 groupes du SBF 120 affichaient une organisation professionnelle de ce type en interne.

Des plafonds de verre

Quel que soit leur âge, les femmes ont besoin de s’entourer. "On a l’image d’un plafond de verre, mais, en réalité, les femmes font face à une succession de paliers à franchir, analyse Patricia Udekwe, cofondatrice du réseau Comète. Certains plafonds sont plus épais que d’autres et, lorsque l’on change de rôle, il faut ajuster sa façon d’être." Pourtant, on pourrait imaginer que les cadres dirigeantes, qui ont déjà réussi à s’affirmer pour gravir les échelons, ont moins besoin d’accompagnement que les plus jeunes. "Les cadres ont peut-être moins de sujets de confiance en elles ou de légitimité. Mais elles ont quand même besoin de réfléchir aux nouveaux problèmes liés au relationnel et à l’influence qui leur sont posés et pour lesquels elles ne peuvent pas toujours facilement s’ouvrir à leurs pairs", souligne Patricia Udekwe. Leurs interrogations ? Comment gérer la relation avec un CEO qui ne me rend pas la vie facile ? Comment prendre pleinement sa place lorsqu’on est la seule femme dans un comité exécutif, etc. ?

Comète propose des master classes, des conférences, des rencontres, mais aussi la mise en place de "boards" propres à chacune des adhérentes. "Les femmes qui arrivent au sommet de l’entreprise sont souvent isolées. On leur crée un board personnel avec d’autres femmes qui ont des postes à responsabilités et partagent les mêmes enjeux", explique Patricia Udekwe, dont le réseau réunit plus de 300 femmes venues de tous types de secteurs, la diversité étant essentielle pour apporter différents retours d’expériences aux accompagnées.

Déplacer le problème

Les réseaux permettent aux femmes de ne pas se sentir seules face à leurs défis. "La rencontre d’une femme cadre avec un réseau féminin est un événement biographique majeur dans une carrière, estime Emmanuelle Gagliardi, également coauteure du Guide des clubs et réseaux au féminin. À travers des événements, des échanges, on transforme un problème individuel en problème structurel. Les femmes prennent conscience qu’elles sont confrontées à un système qui a été construit sans elles."

"La rencontre d’une femme cadre avec un réseau féminin est un événement biographique majeur dans une carrière"

Les participantes n’évoquent cependant pas forcément les sujets directement liés au sexisme, d’autant que celui-ci s’avère de plus en larvé. "Ces sujets-là sont moins présents que ce que j’avais imaginé, constate Patricia Udekwe. Cela ne veut pas dire qu’ils n’existent pas dans les environnements professionnels, mais les femmes ont appris à faire avec et se concentrent sur ce qu’elles sont en mesure de changer. Elles ne sont pas focalisées sur les hommes, mais sur leurs équipes, les questions managériales ou de stratégies."

Les entreprises font de plus en plus attention aux discriminations et les mauvais comportements sont parfois très inconscients. Par exemple, un chef pourrait ne pas proposer une promotion à l’étranger à une potentielle candidate parce qu’il s’est déjà vu opposer un refus dans un contexte similaire par une femme qui ne pouvait projeter sa famille à l’étranger ou parce qu’il anticipe une réponse négative pour ces raisons. D’où l’intérêt pour les femmes d’apprendre à se mettre en avant, à dire ce dont elles ont envie pour la suite de leur carrière et à négocier régulièrement leurs salaires.

Empowerment

Les réseaux poussent à cette mise en avant. "L’empowerment est crucial pour rester dans la course. On apprend aussi la confiance en soi, à être visible, à se vendre", insiste Emmanuelle Gagliardi. Patricia Udekwe ajoute : "Ces espaces-là permettent d’aider à faire des choix en échangeant avec des personnes qui sont passées par les mêmes questionnements. Le collectif donne de l’énergie. Il est très puissant."

Les réseaux ont aussi vocation à apprendre à réseauter. "Le networking, c’est l’essence même du réseau. Pour qu’il vive, les femmes doivent se dégager du temps, ce qui est compliqué pour les cadres, note Emmanuelle Gagliardi. Mais il convient de leur montrer que c’est indispensable. Afin de décrocher des postes, il ne faut pas travailler deux fois plus ou avoir seulement un beau CV. Plus on monte dans l’organigramme, plus les promotions se font par cooptation." En apprenant à réseauter entre femmes, elles peuvent ensuite appliquer ce qu’elles ont appris à d’autres cercles.

Influence

Pour Emmanuelle Gagliardi, les réseaux servent à passer deux grands paliers. Le premier est celui pour arriver à devenir cadre supérieur. Le second pour passer à cadre dirigeant, membre de Codir ou de Comex. "Ce sont des univers d’influence. Il faut être visible et avoir une parole engagée. Les femmes ne sont pas éduquées à ça." Elles doivent apprendre à se mouiller, quitte à cliver. D’où le fait que certains réseaux s’impliquent dans la vie politique et jouent un rôle de lobby. Certaines organisations de femmes ont soutenu des textes législatifs, comme la loi Copé-Zimmermann pour la mixité dans les conseils d’administration, ou la plus jeune loi Rixain sur la parité dans les instances dirigeantes.

"Les réseaux ne sont pas construits sur les mêmes piliers et valeurs que les boys’ clubs. Ils portent des revendications d’équilibre"

Assumer des responsabilités au sein des réseaux est également un bon moyen de gagner en expérience et en légitimité, alors qu’il est encore parfois expliqué que les femmes ne sont pas nommées à certains postes faute d’expérience à des fonctions dirigeantes.

Équilibre revendiqué

Alors que les clubs réservés aux hommes sont décriés, pourquoi les réseaux de femmes ne tombent-ils pas sous les mêmes critiques ? "Ces espaces n’ont pas vocation à aider les femmes à prendre le pouvoir sur l’économie, mais à prendre leur place dans l’entreprise et l’économie grâce à un esprit de sororité, à du mentoring entre pairs, à du coaching, à du networking, répond Patricia Udekwe. Les réseaux de femmes ne sont pas construits sur les mêmes piliers et valeurs que les boys’ clubs. Ils portent des revendications d’équilibre."

Dans les entreprises, les réseaux de femmes se sont parfois transformés en réseaux pour la diversité. Certaines sociétés misent dessus aussi pour réfléchir à de nouvelles manières de travailler. "Les sujets liés aux femmes, tels qu’une plus grande flexibilité du temps de travail, sont des sujets importants aux yeux des générations Y et Z, poursuit Emmanuelle Gagliardi. Il est intéressant de faire travailler ensemble ces deux types de populations pour construire le monde d’après." Plus nombreux seront les collaborateurs à porter ces revendications, plus vite la révolution s’opérera.

Olivia Vignaud

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