Alors que la France fait face à une crise de santé mentale généralisée, les dirigeants d’entreprise souffrent également, sans pour autant basculer dans les substances addictives. Le baromètre de la Fondation MMA des Entrepreneurs du Futur et Bpifrance dévoilent cette réalité.

Jamais les dirigeants d’entreprise français n’ont été en si mauvaise santé. 82 % d’entre eux déclarent souffrir de troubles physiques ou psychologiques. Un taux qui ne fait qu’augmenter d’année en année. En 2024 ils étaient 71 %, contre 59 % en 2021. Pourtant, contrairement aux idées reçues, cette dégradation ne s’accompagne pas d’une explosion des addictions chez cette population : pour donner un ordre d’idée, ils sont 5 % à consommer des anxiolytiques contre une moyenne nationale à 21%.  Dans leur baromètre, la Fondation MMA des Entrepreneurs du Futur et Bpifrance Le Lab lèvent le voile sur l’état de santé physique et psychologique des dirigeants de TPE, PME et ETI en France.

Cette édition interroge les dirigeants sur des sujets plus sensibles, comme leur consommation d’alcool, de tabac, de drogue et de médicaments.

Un dirigeant sur 3 renonce aux soins

Alors qu’un sondé sur quatre avoue avoir été sujet au moins une fois dans sa vie à une addiction, une minorité choisit de se faire aider. En cause, le manque de temps (68 %) ou pour privilégier leur activité (34 %). Résultat, 11 % ne consultent jamais de médecin, un taux qui monte à 18 % dans l’hôtellerie-restauration. Un chiffre hélas stable depuis des années, qui démontre la force du tabou : l’épuisement entrepreneurial peine à exister dans le discours sociétal.

Un dirigeant sur quatre est à risque

Les femmes et hommes dirigeants qui ont affronté de multiples crises depuis le Covid montrent aujourd’hui des signes d’essoufflement. Pour pallier leur fatigue, une partie d’entre eux a recours à des substituts. Près d’un chef d’entreprise sur quatre montre les signes d’une consommation à risque : boire plus de huit verres d’alcool par semaine, fumer régulièrement, prendre de la drogue ou des médicaments au moins une fois par semaine. Parmi ces chefs d’entreprise, seuls 8 % d’entre eux reconnaissent un impact sur leur vie personnelle et 4 % sur leur entreprise.

Sylvie Bonello, déléguée générale de la Fondation MMA Entrepreneurs du Futur, témoigne dans le rapport d’un manque de prise en charge. "Un chiffre nous met particulièrement en alerte, car il dit beaucoup de la relation des dirigeants à leurs problématiques de santé : 25 % des dirigeants souffrent ou ont souffert d’une addiction et la majorité ne sont pas aidés. Un enseignement clé que nous devons intégrer aux actions de sensibilisation que nous menons tout au long de l’année."

Le paradoxe d’une consommation modérée

Si la moitié des dirigeants d’entreprise consomment de l’alcool au moins une fois par mois, ils ne fument pas plus que la moyenne nationale et sont quatre fois moins nombreux à prendre des médicaments contre l’anxiété et la dépression. Pour près d’un tiers d’entre eux, ces comportements ont lieu à l’occasion de "mondanités professionnelles", pour 52 % lors de festivités personnelles et pour 40 % lorsqu’ils sont à leur domicile.

Les causes de cette consommation ? Les dirigeants évoquent pour la plupart une habitude (49 %) et une quête de plaisir (40 %). Ils ne sont que 8 % à dire boire de l’alcool pour tenir le rythme.

Paradoxalement, malgré les maux physiques et psychologiques qui touchent massivement les dirigeants, leur consommation de substances reste modérée comparée au reste de la population française. Seuls 2 % d’entre eux révèlent prendre quotidiennement des drogues illégales, un chiffre inférieur à la moyenne nationale, qui s’élève à 3,4 %. De même, ils se tournent quatre fois moins vers les traitements médicamenteux : seulement 5 % combattent ainsi la dépression et l’anxiété, contre 21 % des Français.

Lisa Combe

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