Publiée en janvier dernier, la huitième édition du baromètre Syndex-Ifop sur l’état du dialogue social, réalisée auprès de 1 167 représentants du personnel, 1 301 salariés et 400 dirigeants ou DRH d’entreprises de plus de 50 salariés dresse un bilan en demi-teinte des discussions entre partenaires sociaux et dirigeants.

Amazon, CapGemini, Société Générale : au premier trimestre 2026, les annonces de suppressions d’emploi en France se poursuivent à un rythme soutenu. Ce contexte économique morose, sur fond de tensions liées à la situation politique et au pouvoir d’achat, influence sans surprise le dialogue social. Selon la huitième édition du baromètre Syndex-Ifop sur l’état du dialogue social en France, seuls 65 % des représentants du personnel, le score le plus faible depuis 2018, jugent bonne la situation économique de leur entreprise.

Un dialogue social en berne

Huit ans après les ordonnances Macron qui ont profondément remodelé le paysage du dialogue social, les élus se montrent particulièrement critiques. Ils attribuent au dialogue social au sein de leur entreprise une note de 5,1/10, contre les 7,7 points attribués par les dirigeants. Les salariés se montrent toutefois un peu plus confiants que leurs représentants et sont 59 % à avoir le sentiment d’être bien représentés par le CSE, un score en progression constante depuis 2021.

S’ils restent déterminés (65 %) et motivés (57 %), les représentants du personnel reprochent à leurs directions un manque d’écoute : le score attribué à la prise en compte de leurs avis est passé pour la première fois sous la barre des 5/10. Pourtant, l’attente demeure particulièrement forte : 75 % des représentants du personnel estiment que les avis du CSE doivent peser dans les décisions stratégiques.

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Ces chiffres font écho au rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), publié en mars 2025, qui fait état du net retard des managers français sur leurs homologues allemands, suédois, irlandais et italiens. L’Igas le met sur le compte des méthodes délétères, de la verticalité des relations hiérarchiques, de la faible reconnaissance du travail accompli et de la fragilité du climat de confiance, et appelle à une évolution du management et du dialogue social français. C’est aussi ce que les salariés et représentants du personnel appellent de leurs vœux : ils sont respectivement 80 % et 91 % à demander un meilleur partage du pouvoir décisionnaire dans l’entreprise, entre l’employeur et/ou l’actionnaire, le CSE, les représentants du personnel et les salariés. Nicolas Weinstein, membre du comité de direction de Syndex, souligne la persistance de cette quête dans un contexte de défiance vis-à-vis des institutions politiques : “Les salariés et les élus souhaitent être davantage associés à la manière dont le travail s’organise.

Les carrières syndicales de moins en moins attractives 

La crise des vocations syndicales n’est pourtant pas de nature à relancer la machine : les représentants du personnel témoignent de l’aspect chronophage (38 %) et peu attractif de leur fonction (34 %), auquel s’ajoute un ordre du jour trop chargé (34 %). Un engagement jugé trop lourd et peu reconnu par les élus, qui sont seulement 21 % à observer les compétences liées à leurs mandats recensées durant leurs entretiens professionnels.

Les représentants du personnel restent malgré tout mobilisés : la moitié d’entre eux explique son engagement par la volonté de défendre le droit des salariés et un tiers veut agir en faveur de plus d’équité et de justice sociale. D’année en année, le trio de tête des sujets à traiter par le CSE reste inchangé : les risques psychosociaux (94 %), les conditions de travail (93 %), la sécurité au travail (85 %).

Les sujets environnementaux reculent, l’IA gagne du terrain 

Les CSE peinent en revanche à exercer réellement les prérogatives environnementales instaurées par la loi Climat et résilience d’août 2021 visant à favoriser le dialogue social autour de la transition écologique. Faute de temps, de moyens et de formation, seulement 31 % des CSE se sont emparés du sujet.  

L’intelligence artificielle est quant à elle sur toutes les lèvres et de plus en plus de salariés et dirigeants d’entreprises (4/10) évoquent l’intégration de projets ou outils d’IA. Les négociations collectives au sujet des conséquences de l’irruption de l’IA sont toutefois encore à la traîne : parmi les élus et dirigeants déjà confrontés à l’IA dans leur entreprise, seul un tiers affirme que son déploiement et son utilisation a fait l’objet d’une consultation préalable des représentants du personnel.

Selon Claire Morel, membre du comité de direction de Syndex, “son impact sur l’organisation du travail et l’emploi, le modèle économique, le management est rarement anticipé ou discuté dans le cadre du dialogue social”. Compte tenu des enjeux économiques et éthiques soulevés par les grands modèles de langage, il est urgent que les élus s’en saisissent.

Caroline de Senneville

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