Ce qui relevait autrefois de la science-fiction devient une inquiétude bien réelle pour la nouvelle génération d’actifs. Selon une étude d’Indeed menée avec Censuswide, un employeur français sur deux juge aujourd’hui plus simple de former une intelligence artificielle que d’embaucher un jeune diplômé.
Les jeunes diplômés et le collectif de travail, premières victimes de l’IA ?
Que ce soit sur le plan scolaire, professionnel ou personnel, l’intelligence artificielle fait aujourd’hui partie de nos vies. La question qui se pose alors est la suivante : comment lui laisser une place sans risquer d’être remplacés ? Alors que l’inquiétude croît depuis quelques années dans les métiers de gestion, de rédaction et du service, il semblerait que les prochains à être directement impactés par ces changements soient les jeunes diplômés.
Plus réactive, performante et moins coûteuse que les employés de chair et de sang, l’intelligence artificielle semble redéfinir la façon de travailler. Un employeur sur deux juge plus simple de former aujourd’hui une IA que de recruter un jeune diplômé. C’est ce que révèle la dernière étude d’Indeed sur l’impact des transformations technologiques sur les dynamiques de travail, menée avec Censuswide auprès d’employeurs français.
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Avec l’IA, 26 % des employeurs constatent la perte de dimension humaine au sein du collectif de travail
Moins d’humains, plus de machines
L’intelligence artificielle s’est implantée dans le monde du travail et une majorité de salariés y ont recours au quotidien. Les employeurs constatent de leur côté certains bienfaits à cette utilisation : une amélioration de l’efficacité (47 %), une meilleure collaboration entre salariés (31 %). Néanmoins, ils observent aussi la perte de dimension humaine (26 %) au sein du collectif de travail – et c’est là que le bât blesse.
L’IA présente en effet un risque non négligeable pour les relations humaines. Un certain nombre d’employeurs font déjà état des impacts négatifs de cette nouvelle technologie. Alors que le travail est de plus en plus connecté, un peu moins d’un quart des employeurs affirme que les interactions personnelles et les conversations informelles sont moins fréquentes sur leur lieu de travail, et ce en raison de l’utilisation de l’intelligence artificielle.
Les employeurs français interrogés font preuve d’objectivité : les répercussions de l’utilisation massive des algorithmes d’apprentissage automatique ont selon eux de lourdes répercussions sur les relations humaines. Ils sont ainsi 64 % à craindre que l’IA ne nuise à la confiance au sein des équipes. Un chiffre qui s’élève à 74 % dans le secteur des ressources humaines.
Au moment où le télétravail recule, les DRH citent la culture du collectif et de l’entraide comme élément crucial pour favoriser le sentiment de sens et d’appartenance. L’équation reste donc à résoudre : si désormais l’IA est perçue comme plus efficace qu’un collègue pour obtenir un coup de main ou sortir d’une impasse, que reste-t-il du collectif ?
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Un combat perdu d’avance pour les jeunes
En plus des interactions humaines, c’est la place de la nouvelle génération de diplômés au sein même de l’entreprise qui est remise en question. Plus simple et surtout plus économique, l’intelligence artificielle invite les employeurs à imaginer un monde dans lequel elle remplacerait les jeunes talents. Une tentation partagée par 52 % d’entre eux, en particulier dans le secteur de la finance (70 %), mais aussi dans des secteurs pourtant considérés ayant besoin d’incarnation, comme l’éducation et le commerce (40 %).
L’IA s’apprête donc à devenir le premier rival des jeunes chercheurs d’emplois. Comment entrer en lice avec un opposant moins coûteux, plus rapide et très adaptable ? Si le taux d’erreur commis par les grands modèles de langage est encore élevé (autour de 30 , selon les études récentes), l’imaginaire de surpuissance que nourrit cette technologie est suffisamment fort pour que certains employeurs soient tentés de remplacer leurs effectifs humains.
Dans les années à venir, l’enjeu sera de trouver un équilibre entre machines et humain. L’objectif : que l’intelligence artificielle accompagne les salariés, pas qu’elle les remplace. L’esprit critique, l’innovation, le lien sont des compétences proprement humaines qu’il convient de défendre. Et il y a fort à parier que tôt ou tard, les cadres législatifs se renforceront pour garantir le lien social, assurer la santé mentale au travail et permettre aux jeunes générations d’entrer dans la vie active.
Lisa Combe