Fatigue, manque de concentration, dépression ou susceptibilité : les symptômes du deuil sont nombreux et peuvent entraver la vie professionnelle des salariés. Selon le baromètre du Crédoc sur le vécu de la perte d’un proche, le deuil s’étend sur plus d’un an pour 50 % des Français. Des chiffres qui révèlent l’ampleur d’un phénomène encore largement sous-estimé par les employeurs. 

Le deuil frappe fort, et parfois longtemps. Pourtant, la plupart des entreprises ne sont pas prêtes à encaisser le coup. Comment l’entreprise et son management peuvent-ils tenir compte de cette situation si délicate et intime ?  

Aujourd’hui en France, le Code du travail prévoit un nombre de jours de congés spécifique selon le lien de parenté avec la personne décédée (article L.3142-1 du Code du travail). Une approche peu humaine, reposant uniquement sur la hiérarchie arbitraire des liens familiaux. Plusieurs cas de figure s’appliquent : par exemple, le décès d’un enfant de moins de 25 ans ouvre droit à 14 jours de congés (12 jours si l’enfant a plus de 25 ans), tandis que le décès d’un époux, d’un parent ou d’un frère ou sœur ne donne droit qu’à trois jours. Un mode de fonctionnement qui hiérarchise le décès ainsi que la durée du deuil. 

Dans la majorité des cas, ces délais sont insuffisants. Le dernier baromètre du Crédoc sur le vécu du deuil, qui mesure la proportion de Français ayant traversé un deuil particulièrement difficile, est sans appel : pour une personne sur deux, il dure plus d’un an. 

Les répercussions sur le travail  

Entre épuisement, manque de concentration, isolement et dépression, le deuil ne s’arrête pas aux portes de l’entreprise. Au cours de leur vie, presque tous les salariés y seront confrontés au moins une fois. Une immense majorité de Français (89 %) déclarent avoir déjà vécu un décès qui les a profondément affectés.  

Les travailleurs endeuillés se retrouvent exposés à de nombreux risques. Ils sont 62 % à rencontrer des difficultés de concentration, 56 % à se sentir ralentis dans leur travail et 36 % à vivre un épuisement professionnel. Parfois compliqué, le deuil peut durer toute une vie et le temps n’efface pas toujours la douleur. 37 % des personnes ayant perdu un proche il y a cinq ans ou plus se disent toujours en deuil. Et parmi celles qui n’ont pas “terminé” leur deuil, 34 % pensent qu’il ne prendra jamais fin. 

La place du travail  

Contrairement aux délais prévus par le Code du travail, les salariés s’absentent davantage après un décès. Un quart d’entre eux ont pris au moins une semaine d’absence. Plus frappant encore : 12 % des personnes endeuillées ont fini par quitter leur emploi. 

Charge mentale excessive, manque de considération de l’employeur ? L’étude pointe un sentiment d’isolement profond chez la moitié des personnes endeuillées. Par ailleurs, 13 % ont déménagé après un décès, le plus souvent pour s’éloigner d’un lieu trop chargé de souvenirs. 

Le rôle de l’entreprise  

Associé en premier lieu à une dimension émotionnelle, le deuil est rarement perçu comme un processus et peut donc être mal appréhendé par les entreprises. Le sujet reste encore peu discuté, et peu de salariés connaissent la politique interne qui s’applique avant de vivre eux-mêmes cette situation. L’étude affirme que près d’un tiers des actifs n’ont pas été informés par leur employeur ni du volume ni de la nature des congés auxquels ils avaient droit.  

Aujourd’hui, les entreprises ont tout intérêt à mieux informer leurs salariés et à les accompagner lorsqu’ils traversent un deuil. Avec le vieillissement constant de la population, elles devront de plus en plus souvent gérer des collaborateurs endeuillés. S’adapter à cette réalité n’est plus un choix : c’est une responsabilité sociale incontournable. 

Lisa Combe 

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