Le groupement associatif Éducatifs et Solidaires est Lauréat du prix “DRH connecté” décerné lors des Victoires du Capital Humain 2024 – un événement Décideurs RH. Ce prix récompense une démarche performante et innovante : le programme de prévention des risques professionnels “Duerpack Réalité”. Retour sur la genèse du projet avec Olivier Brasseur-Legry, directeur général, et Sophie Barçon, Directrice des ressources humaines.
Olivier Brasseur Legry et Sophie Barçon (Éducatifs et Solidaires) : “Un binôme DG-DRH qui fonctionne rassure beaucoup les salariés”
Décideurs RH. Quel a été le point de départ du programme de prévention “Duerpack Réalité” ?
Olivier Brasseur-Legry. Le groupement associatif Éducatifs et Solidaires gère plus de 200 établissements et sept associations œuvrant au service du territoire au bénéfice de près de 25 000 usagers – petite enfance, loisirs éducatifs, centres sociaux, séjours de vacances, etc. – grâce à l’engagement de nos 1800 collaborateurs. Depuis six ans, le volume d’activité a été doublé, et le nombre de salariés a augmenté de 20 % par an.
Dans ce contexte de croissance et de transformation, nous avons établi un nouveau plan stratégique RH, avec un accent fort sur la qualité de vie et les conditions de travail (QVCT). À cet égard, nous avons mené, avec Sophie Barçon, une démarche d’actualisation du document unique d’évaluation des risques professionnels (Duerp) entre 2020 et 2022, en étroite collaboration avec les représentants du CSE et de la commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT). Afin de répondre au mieux aux problématiques rencontrées par les équipes sur le terrain, nous avons identifié plusieurs priorités, dont celles des comportements et postures professionnelles présentant un risque particulier pour nos collaborateurs. C’est notamment le cas pour les salariés qui accompagnent les enfants dans les restaurants scolaires.
Une fois le Duerp actualisé, et dans le cadre de la numérisation de l’ensemble de nos process (portail salarié, gestion des temps, évaluation professionnelle), nous avons souhaité nous appuyer sur la réalité augmentée pour enrichir notre politique de formation. Nous avons conçu le “Duerpack” qui met les utilisateurs en situation, les entraîne aux gestes de premiers secours, à l’identification des situations à risque, à la gestion du stress, etc. C’est un outil très ludique qui nous permet de renforcer notre démarche de conduite du changement auprès de l’ensemble des équipes et de mobiliser les managers pour accompagner les collaborateurs dans différentes situations à risque.
Sophie Barçon. La conception et le déploiement du Duerpack est le résultat d’un travail collaboratif avec l’ensemble des parties prenantes : la direction, le conseil d’administration, le CSE, le CSCT, les équipes sur le terrain, ainsi qu’avec des partenaires extérieurs. Cela répondait par ailleurs aux objectifs fixés pour la direction des ressources humaines : faire de la sécurité et du bien-être des salariés sur le terrain une priorité et rendre nos formations accessibles à tous, sur l’ensemble du territoire sur lequel nos sites sont implantés.
“La conduite et la supervision de la politique de prévention doivent être imaginées et portées par la direction générale”
Comment la gestion des risques professionnels est-elle incarnée au sein du GIE Éducatifs et Solidaires ?
O. B.-L. La conduite et la supervision de la politique de prévention doivent être incarnées par la direction générale. C’est un devoir puisque je suis légalement responsable de la sécurité des collaborateurs. Le rôle de Sophie Barçon, DRH n’en est pas moins essentiel : elle apporte son savoir-faire, fait avancer le sujet avec les représentants du personnel et l’ensemble des acteurs impliqués. C’est pour cela que nous avons souhaité que la DRH soit intégrée au sein du comex et présente lors des conseils d’administration.
Je crois beaucoup à cette approche de dialogue permanent et de coconstruction. Le binôme DG-DRH renforce l’engagement auprès des salariés, nous fait gagner en agilité. Grâce à lui, nous parlons d’une seule et même voix. C’est essentiel pour développer la vision stratégique, répondre aux enjeux autour de la QVCT sur le long terme, et faire face aux éventuelles résistances au changement dans l’organisation.
S. B. Le projet d’actualisation du Duerp et le programme Duerpack m’ont donné l’occasion de travailler avec de nombreux métiers différents, ce qui était très enrichissant. Dès le début de ma prise de fonction, j’ai senti une complémentarité avec Olivier Brasseur-Legry. Il nous arrive bien sûr d’avoir des désaccords mais nous maintenons toujours la communication, et j’ai la chance, en tant que membre du comex, d’avoir voix au chapitre sur l’ensemble des problématiques que peuvent rencontrer les effectifs. Un binôme DG-DRH qui fonctionne rassure beaucoup les salariés.
“Nous partageons la responsabilité, dans la réussite comme dans l’échec”
O. B.-L. La vision stratégique, que j’incarne publiquement depuis six ans, est validé par un conseil d’administration. Après validation, le cap n’est plus négociable. Pour autant, son exécution et les modalités de sa mise en œuvre – qui exigent une grande agilité et les compétences de la DRH – sont pensées à deux. Le rôle de la DRH doit être reconnu, et l’échange doit être sincère : ce n’est pas la DRH qui se plie à l’avis du directeur général, et je n’ai pas toujours raison. Cette collaboration ne me décharge pas pour autant de mes responsabilités, surtout il s’agit de ne pas compter les points si quelque chose dysfonctionne. C’est l’action en coresponsabilité à tous les niveaux d’engagement de l’organisation dès le binôme DRH / DG.
Notre binôme fonctionne car nous avons, tous les deux, conscience de devoir faire parfois des pas de côté. C’est moins facile « culturellement », cela suppose de ne pas se laisser dépasser par l’orgueil, mais c’est tellement plus riche. Nous veillons à trouver des solutions ensemble et nous partageons la responsabilité, dans la réussite comme dans l’échec.
S. B. Notre priorité est de faire bouger les lignes et d’améliorer continuellement la qualité de vie au travail. C’est ce qui nous guide. Et nous avons l’espoir que cela infuse la culture interne. Nous nous réjouissons de voir que c’est déjà le cas à certains échelons de l’organisation.
O. B.-L. C’est le souci de la réussite collective qui nous guide avant la quête de nos victoires personnelles. Nous nous efforçons d’incarner cet exemple au quotidien.
Propos recueillis par Caroline de Senneville