Alignement stratégique, culture partagée, personnalisation des parcours : les universités d’entreprise s’imposent de plus en plus comme un outil structurant pour les organisations. À l’occasion d’un webinaire réunissant Elivia et Streem, Corinne Gondouin, directrice du développement formation chez Quaternaire, décrypte les ressorts de cette évolution et les conditions de réussite de ces dispositifs.

Décideurs RH. Les universités d’entreprise connaissent un regain d’intérêt. Que révèle cette dynamique sur les transformations en cours dans les organisations ?

Corinne Gondouin. Il ne s’agit pas d’un effet de mode. De plus en plus d’entreprises, y compris de taille intermédiaire, investissent dans leur propre université d’entreprise. Ces dispositifs ne sont désormais plus l’apanage des grands groupes. L’un des principaux moteurs ? L’attractivité. Dans un marché tendu sur les compétences, l’université d’entreprise devient un outil puissant pour valoriser la marque employeur. Elle renforce l’image de la structure, attire les talents, favorise l’engagement et contribue durablement à leur fidélisation.

Mais son rôle ne s’arrête pas là. L’université construit des parcours structurés qui donnent du sens, renforcent une culture commune et soutiennent activement les dynamiques de transformation. Si des points communs existent, chaque université conserve sa singularité. Certaines sont très ancrées dans des logiques métiers, afin de renforcer l’efficience opérationnelle, tandis que d’autres adoptent une approche plus centrée sur la culture de l’organisation.

Quelles conditions une université d’entreprise doit-elle remplir pour s’affranchir de son simple rôle de centre de formation et devenir un véritable levier stratégique ?

Le critère sine qua non est l’implication du comex. L’université ne peut pas être un projet uniquement porté par les RH. Elle doit être pilotée par une gouvernance claire, soutenue par des sponsors forts – direction générale, DRH, direction commerciale… – et ses objectifs doivent être alignés sur les enjeux stratégiques de l’entreprise.

Il est essentiel d’y associer les directions métiers. La coconstruction est un facteur clé de réussite. Ce sont les opérationnels qui peuvent orienter les contenus vers des problématiques concrètes. En parallèle, il faut penser l’université comme un système à part entière : gouvernance, animation, ingénierie pédagogique, indicateurs de performance.

La création d’une université d’entreprise offre l’occasion de repenser les parcours existants, d’homogénéiser certaines pratiques et de revisiter en profondeur la diffusion de la culture d’entreprise. En 2025, une université ne doit plus seulement transmettre un savoir. Elle doit permettre le développement de nouvelles postures et d’un état d’esprit en phase avec les orientations stratégiques.

“Les universités d’entreprise les plus efficaces sont celles qui conçoivent des contenus en prise directe avec la réalité opérationnelle”

Quelles grandes tendances voyez-vous émerger dans la conception et le fonctionnement des universités d’entreprise ?

L’époque des formations hors-sol est révolue. Aujourd’hui, les universités d’entreprise les plus efficaces sont celles qui conçoivent des contenus en prise directe avec la réalité opérationnelle. Chez Quaternaire, notre accompagnement débute systématiquement par une immersion au cœur des métiers concernés. C’est cette compréhension fine du quotidien qui guide la création de modules pensés pour transformer les pratiques et ancrer les apprentissages dans l’action.

Autre tendance forte, l’intégration dans la culture d’entreprise : les contenus ne sont plus seulement pédagogiques, mais identitaires. Ils permettent de transmettre des standards de service, les valeurs de l’entreprise et une vision managériale commune, renforçant ainsi concrètement le sentiment d’appartenance des collaborateurs.

La personnalisation des parcours s’impose aussi comme une tendance de fond. L’IA y joue un rôle clé, en rendant possible un apprentissage adaptatif, ajusté au niveau de maturité et aux besoins spécifiques de chaque collaborateur – bien au-delà du simple blended learning. L’enjeu : proposer à chacun un parcours contextualisé, évolutif et inscrit dans la durée.

Vous avez souhaité réunir Elivia et Streem lors d’un webinaire. Que pourront en retirer les participants, au-delà du simple retour d’expérience ?

Notre objectif est d’illustrer, à travers deux approches distinctes, ce à quoi peut ressembler une université d’entreprise à la fois efficace et accessible.

Chez Elivia, la démarche a été progressive, avec comme point de départ un programme de transformation managériale. L’initiative répond à des enjeux très opérationnels de développement des compétences métiers, tout en renforçant une culture commune alignée sur les valeurs de l’entreprise.

Streem, quant à elle, disposait déjà d’une forte maturité sur le sujet. Dans un contexte de croissance internationale, son université d’entreprise permet d’harmoniser les pratiques et de structurer la montée en compétences à l’échelle du groupe.

Avec ce webinaire du 24 juin, nous souhaitons démontrer qu’il n’existe pas un modèle unique d’université d’entreprise, mais des principes clés qui font la différence : une vision claire, une démarche coconstruite et un ancrage stratégique fort. Les participants repartiront avec des leviers concrets à activer, quel que soit le profil ou la taille de leur entreprise.

Entretien avec Corinne Gondouin, Directrice du développement, Quaternaire Formation

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